Quand Marie-Josée d'Amours montre ses photos de voyage à Puerto Rico, elles font toujours sensation. Pourquoi ? Parce que la grande fille, sur les clichés, à l'air d'un squelette en maillot de bain. Ses jambes sont à peine plus larges que ses bras. Ses clavicules sont saillantes. Elle n'a plus de joues. Elle est anorexique !

Elle en était presqu'arrivée au corps qu'elle désirait. Elle pesait 40 kilos. A l'époque, Marie-Josée n'aimait pas ses jambes. A 17 ans, elle mesure 1.67 mètre et pèse 63 kilogs... une fille athlétique, qui fait du sport.

  Elle se met alors dans la tête de se mettre au régime... 2,5 kilogs de moins. '' Mon Dieu que tu es belle ! ¨Ça te fait du bien''.

Elle traverse alors sa vie comme un fantôme, trop concentrée sur ce ventre, ces jambes et ces calories. En quelques mois, elle a perdu près du tiers de son propre poids. ''Enfin, je m'autorisais à me mettre en minijupe''.

  Au plus fort des restrictions qu'elle s'impose, elle peut manger une seule tranche de pain durant la journée. Et le lendemain, une pomme et quelques feuilles de chou. ''Ne pas manger était une victoire''.

En voyant le film ''La peau et les os'', elle se reconnaît immédiatement. Elle va à l'Hôpital Douglas, en liste d'attente et quelques mois plus tard, quand on l'appelle, elle refuse tout traitement... elle ne voulait pas reprendre du poids.

La balance est devenue une obsession dans sa vie. Chaque gramme est un drame. Toujours gelée en hiver... défaillante durant la canicule de l'été. Un fin duvet lui pousse sur tout le corps. Aucune concentration aux études... même ses émotions sont diminuées !

Puis commence la période ''manger-vomir''. Devant les autres, elle mange normalement mais elle peut se faire vomir 30 fois par jour. Elle devient une artiste de la planification et du mensonge. Chaque heure de ses journées était planifiée. ''J'étais une super gestionnaire''.

  Son taux de potassium est trop bas... elle frôle à plusieurs reprises l'arrêt cardiaque. Encore quelques années sur la corde raide puis huit mois d'un suivi interne - externe des troubles alimentaires à la clinique Douglas. ''On piquait des crises devant notre assiette de spaghetti parce qu'elle nous faisait peur''.

Qu'est - ce qui peut pousser quelqu'un a se laisser mourir ainsi ? Une combinaison de facteurs répond le Dr. Steiger. Il y a la génétique, en plus d'un certain nombres de stresseurs dans la famille et finalement, un régime, qui a pour effet de faire diminuer la sérotonine dans le cerveau, ce qui provoque un état s'apparentant à la dépression. Et bien sûr, la pression socioculturelle pour la minceur féminine s'ajoute à ce tableau complexe.

  Enfin, elle se décide à vouloir guérir... elle mange normalement, même si s'est toujours un supplice pour elle. Son poids augmente.

Les gens de l'Hôpital Douglas lui ont sauvé la vie, dit - elle aujourd'hui. ''J'ai une dette morale envers eux''.

  Depuis 8 ans maintenant, Marie -Josée a retrouvée le bonheur de la satiété a prendre un bon repas mais elle n'a plus soif. Elle a réalisé un rêve: faire la traversée du Lac-St-Jean. ''Le plus beau rêve de ma vie''. Et un beau bébé tout joufflu qui boit goulûment son lait.

Lui, il a soif !

Fricot