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   Seules quelques ressources comme Le Rivage que nous venons de visiter s'adressent aux itinérants atteints de problèmes de santé mentale. Certains endroits sortent carrément des sentiers battus pour offrir une solution de rechange à cette clientèle difficile.

   Aujourd'hui, nous visitons Chambreclerc, une maison de chambres où les pensionnaires sont totalement autonomes.

   Aucun règlement à observer, sauf payer leur loyer et respecter les autres. Ils entretiennent une relation locataire-propriétaire avec l'organisme qui possède l'endroit. Une sorte d'oasis sur un parcours d'itinérance...

    Ils souffrent de schizophrénie pour la plupart, conjugée à des années de rue et de misère...

Dans cette immeuble en briques rouges de 24 chambres, les pensionnaires aspirent à quelque chose qu'ils n'ont  jamais connu: la stabilité. Une stabilité fragile à environ 350 $ par mois.

   Il est 13h 45. Adrian vient de se lever. Il se couche à 5 h chaque matin, après avoir mendié devant un restaurant du boulevard Saint-Laurent. '' Je tremble, c'est à cause de mon médicament '' laisse-t-il tomber, crispé dans son sofa. L'homme de 45 ans paraît ravagé par une vie dure, marqué par la schizophrénie, la taxicomanie et le sida.

A Chambrecler, quelques intervenants sont presque toujours sur place. Ils gèrent les médicaments et les portefeuilles des pensionnaires les moins autonomes.

    Dans leur chambre, les résidents sont chez eux. Ils sont libres de fumer leur joint, de se piquer ou de boire leur bierre. Certains s'adonnent aussi à la prostitution à l'extérieur.

Fermer les yeux sur des actes illégaux ne pose-t-il pas un problème éthique ? Non, répond la coordonnatrice Isabelle Leduc, puisqu'un seul pas sépare ses locataires de la rue. '' Notre but est de les habituer à la stabilité '' ajoute l'intervenante!

   Avec la désintitutionnalisation, elle estime qu'on a jeté le bébé et l'eau du bain. '' Plusieurs se sont retrouvés à la rue. Les services dans la communauté n'ont pas suivi ''.

Les cas lourds sont nombreux à Chambreclerc. A tout le moins, ils ont un toit au dessus de la tête...

Fricot