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   Il faut dire que les traitements psychiatriques, à une époque où les médicaments sont embryonnaires, nous paraissent aujourd'hui barbares. Au milieu des années 20, les neuroleptiques qui traiteront avec succès des maladies comme la schizophrénie, n'existent pas. Les seuls médicaments à la disponibilité des médecins sont les somnifères et les calmants.

   Pour traiter la schizophrénie, on utilise donc des méthodes ¨de choc¨, comme le coma insulinique. Le malade reçoit des doses massives d'insuline, qui provoquent un coma pendant cinq heures, afin d'obtenir l'amélioration de certains symptômes psychiques¨, note-t-on dans un manuel d'infirmiers psychiatriques qui date des années 50. Le malade est ensuite réveillé par des doses massives de glucose.

   L'hydrothérapie est aussi largement utilisée, dans d'immenses salles où on retrouve sept ou huit baignoires alignées. Le bain chaud est efficace pour les agités¨. Certains malades particulièrement vifs peuvent passer la journée au bain.''On recommande de sortir le patient de l'eau toutes les trois heures'', note le même manuel. Des patients en phase maniaque sont aussi enveloppés des épaules aux pieds dans des couvertures imbibées d'eau froide.

   D'autres méthodes dures sont aussi employées, comme les électrochocs et la lobotomie.''Assez candidement, dans les rapports des hôpitaux psychiatriques au cours des années 50, on mentionne abondamment l'utilisation des électrochocs pour maîtriser les patients et non pour les traiter. Les électrochocs rendent les patients plus dociles et plus maniables, disaient-ils'', raconte l'historien américain Davis Rothman.

   Écrasé par ces 5,000 patients, l'asile, bien qu'immense, craque de partout. Des dizaines de malades sont entassés sur des civières.

   Dans sa postface du livre de Pagé, Camille Laurin, le plus célèbre psychiatre du Québec, indique que le nombre de jours d'hospitalisation, dans les hôpitaux psychiatriques - 24 millions - avait dépassé, au cours de l'année 1958, le nombre de jours d'hospitalisation dans les hôpitaux généraux - 23 millions.

   ''C'est vrai, il fallait que les fous crient au secourrs. Il fallait que çà change. Sain-Jean-de-Dieu avait été construit pour 2,000 patients, il y  en avait 7,000, dit Dominique Lévesque, témoin de cette période difficile de cette institution...

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